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Des femmes et du fil : broderie engagée et entrepreneuriat féminin

Le DIY, univers dont la communauté est à dominante féminine, est le cœur de métier de Makerist. Créatrices ou clientes, tous les jours de nombreuses femmes achètent ou vendent  sur notre plateforme des cours et des patrons de couture, tricot, crochet et broderie. Notre équipe, majoritairement féminine elle aussi, travaille avec passion depuis ses bureaux à Berlin, ville qui vient d’ailleurs de faire de la journée du 8 mars un jour férié. Alors, aujourd’hui comme tous les autres jours, la cause des femmes résonne dans notre vie professionnelle mais aussi personnelle, une fois hors des bureaux. Le 8 mars est surtout une opportunité de mettre encore plus en exergue la parole féminine – celle des créatrices, clientes et de toutes les autres femmes, avec du fil ou avec des mots.

Broder le féminisme

Pour faire passer des messages engagés en toute créativité, la broderie s’y prête complètement. A l’origine, la broderie était une activité pratiquée dans un contexte très maisonnier par des femmes  au foyer, “qui brodaient des trousses, des vêtements pour toute la famille, et des  tapisseries pour les plus riches” comme l’explique Al Stitches, créatrice broderie sur Makerist. De plus en plus de brodeuses réalisent des créations d’inspiration féministe et utilisent tambour et fil comme un médium de soutien, d’engagement et de solidarité.

“S’approprier la broderie comme médium féministe est très intéressant, la broderie étant par essence une activité de femme au foyer. Détourner cette activité à des fins militantes peut-être percutant et j’aime l‘idée d’utiliser la broderie, délicate et subtile pour exprimer des messages engagés et percutants.”  Itchy Stitchin

Retrouvez son interview complète ici


Trois modèles de broderie Woman Power

Deux créatrices broderie, Al Stitches et Itchy Stitchin, vous présentent leurs modèles à l’occasion de la journée des droits des femmes et vous racontent ce qui les ont inspirées.

1. « Fight like a girl », Itchy Stitchin

Le modèle « Fight like a girl » par ici

À l’origine, ce motif à été créé par Claire à l’occasion de la journée Nous Toutes du 24 novembre.

J’ai choisi une typographie rappelant celle de Dirty Dancing. J’utilise souvent des références aux années 80/90 dans mes broderies et je trouve que cette typo en rouge donne une dynamique au message. Cet événement féministe m’a inspirée et je trouve intéressant de pouvoir véhiculer un message sur cette cause qui me tient à  cœur à travers certaines de mes créations.” – Claire, Itchy Stitchin

2. « Malala and cie », par Al Stitches

Le modèle « Malala and cie » par ici

Cette broderie est inspirée  d’une affiche que j’avais vu il y à quelques temps : il y était simplement inscrit le nom de plusieurs grandes femmes de l’histoire. J’avais trouvé ça fort de simplicité et pourtant sans ces femmes, nos vies ne seraient très certainement pas les mêmes. […] J’ai donc choisi les prénoms des femmes qui m’inspirent et qui font, ou ont fait, énormément pour nous ou pour les femmes de leur pays.” – Angelina, Al Stitches

Les fonds récoltés par la créatrice grâce aux ventes de ce modèle seront reversés à l’association de Malala Yousafzai, pour aider la scolarisation des jeunes filles.

3. « Whatever », Al Stitches

Le modèle « Whatever » par ici

Pour moi, le woman power passe beaucoup par le physique et par l’estime que l’on a de soi. La société  et les marques nous disent comment être physiquement , mentalement… En choisissant de broder trois mannequins de vêtements de tailles différentes, accompagnés du mot “whatever” je veux faire passer le message suivant : peu importe qu’on fasse un bon 46 ou un 34 tant qu’on se sent bien dans des fringues (et dans ses baskets!) mais surtout dans sa tête).” – Angelina, Al Stitches

Retrouvez son interview complète ici

Les fonds récoltés par la créatrice grâce aux ventes de ce modèle seront reversés à l’association de Malala Yousafzai, pour aider la scolarisation des jeunes filles.

Réseaux sociaux, mode… des représentations peu inclusives

Angelina et Claire sont des créatrices broderie fraîchement arrivées sur Makerist ; c’est grâce à Instagram qu’on les a remarquées.  Ce qui est bien avec Instagram, c’est qu’on commence à y trouver autre chose que des photos de nourriture et de mannequins Victoria Secret. En plus d’être un vivier de comptes artistiques, le réseau a récemment vu déferler une vague de comptes dédiés à la cause des femmes, pour leur apporter du soutien et briser les tabous. Des comptes comme :

@phrasesassassines, @les_glorieuses, @girlgaze, @limportante.fr, @quoidemeuf, @dans_la_bouche_dune_fille, @coupdesang, @taspensea

permettent d’apporter du soutien aux femmes, amplifier leur voix, s’opposer aux conventions et briser les tabous.

Malheureusement, Instagram se fait aussi le relais désespérant de représentations féminines peu inclusives et discriminatoires,  à l’instar du monde de la mode (aussi bien haute-couture que fast-fashion). La récente mésaventure de Petit Patron, une créatrice de couture phare sur Makerist en est un parfait exemple : elle a récemment été censurée par Instagram. Plusieurs publications, où posaient en photo plusieurs femmes de différentes tailles et morphologies, faisaient la promotion de Marcus et Paola, nouveaux patrons lingerie de Petit Patron. La photo qui a posé problème est celle où pose Noémie, modèle de taille 54 qui cache sa poitrine avec ses mains.

Photo pour la promotion des patrons Marcus et Paola

« Pornographie », c’est la raison qui a été invoquée par Instagram pour expliquer la censure de la publication de Petit Patron. Or, celle-ci n’avait rien de choquant ni de suggestif ; elle montrait simplement des femmes en lingerie faisant la promotion de produits. Beaucoup de photos du même genre circulent sur le réseau social et ne sont pourtant pas sanctionnées. Seulement, sur les réseaux sociaux, dans le milieu de la mode et dans encore beaucoup de mentalités, la beauté féminine est très normée. En plus d’être systématiquement sexualisés, les corps féminins ne sont pas tous mis sur la même échelle : un corps de femme qui ne fait pas une taille 34/36 est souvent considéré comme offensant et ciblé par les critiques. Après une vague de protestations et de soutien, Instagram a remis la photo en ligne.

Alors, ne baissons pas les bras : la couture permet de lutter contre ces critères de beauté peu inclusifs et le diktat de la mode, en créant des vêtements qui s’adaptent aux femmes ; aux besoins et au style de chacune.

La couture permet de s’approprier à 100% un patron, de l’adapter à son corps unique et ainsi de se rendre unique et surtout se  rappeler à elle même qu’elle est belle. » – Petit Patron

Retrouvez l’interview complète de Petit Patron ici

Chapeau bas pour toutes les femmes qui, au quotidien voient leur légitimité remise en question, sont confrontées à toujours plus de normes de beauté, sont contraintes de prouver sans relâche qu’elles sont tout aussi capables de réussir et d’entreprendre que les hommes…  Ce sont ces créatrices talentueuses et ces femmes créatives qui font vivre Makerist ; de véritables entrepreneuses qui viennent narguer ces idées étriquées et discriminantes.

“Je pense que le plus difficile est d’obtenir le respect sans devoir le prouver. Quand je me présente en tant que créatrice/entrepreneuse, je sens que je vais devoir justifier ma situation pour que l’on me prenne au sérieux.” – Petit Patron

Retrouvez l’interview complète de Petit Patron ici

Continuez à entreprendre en créant vos patrons, aimez-vous telle/tel que vous êtes en cousant des vêtements qui vous font plaisir, révoltez-vous en brodant le féminisme sur vos vêtements… d’une manière ou d’une autre, les aiguilles sont une arme formidable !

De quoi ravir vos oreilles pendant que vos mains s’activent

Si vous aimez profiter de vos instants DIY des podcasts, en voici une petite sélection, pour de l’écoute passive en plein dans le thème !


3 commentaires

  1. Renée Mayrargue dit

    Bravo pour ces témoignages. vive les femmes et merci à vous de nous faire partager ces moments.

    Belle journée
    Renée

    J'aime

  2. Agnès Ginger Ness dit

    Oh que oui cet article fait du bien!
    Je suis moi-même une femme aux formes « généreuses », puisque je m’habille en taille 50, et je trouve qu’on ne voit pas assez de femmes de diverses morphologies photographiées ensemble. La mode devrait être le reflet de la rue, et pas le contraire!
    Je suis couturière qui plus est, et je souhaite me lancer dans l’entrepreunariat pour créer des patrons de lingerie grande taille, mais VRAIES grandes tailles, plus que des bonnets D ou E!
    J’envisage aussi de créer des modèles en petite série, afin de satisfaire une clientèle préférant un produit fini, toujours en grande taille.
    Je n’en suis pas encore à l’immatriculation, je dois d’abord faire une formation en lingerie. Mais je tiens à ce projet auquel je crois et qui est mon rêve depuis des années!
    Alors vive la créativité, la diversité culturelle et morphologique, et, Margaux : bravo pour cette très belle photo!
    Et Mélisande, merci pour cet article!

    J'aime

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