Couture, Entreprendre, Interview de créateurs
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Interview de Couturaddict : « le DIY est un bon moyen de garder les pieds sur terre et une consommation raisonnée »

Aujourd’hui, pour poursuivre notre Semaine Zéro Déchet avec des personnalités inspirantes du milieu de la couture nous vous présentons l’interview écologique de Anaïs, créatrice de Couturaddict. Vous pouvez retrouver tous ses patrons et cours-vidéo Zéro Déchet par ici.

Anaïs a récemment publié un livre intitulé Couture Zéro Déchet que nous vous faisions gagner sur les réseaux en début de semaine et que nous vous conseillons vivement.

Pourrais-tu te présenter ?

Bonjour, je m’appelle Anaïs, j’ai 38 ans et 3 enfants. Je vis dans une petite ville de l’Ain (01), à l’est de Lyon, qui me permet de vivre un peu hors des tracasseries des mégalopoles. La grande ville, je connais puisque j’ai habité des années à Marseille et à Bruxelles, mais originaire d’un petit village de Normandie, j’ai souhaité retrouver le calme de la campagne pour élever mes enfants. 

Je suis autodidacte en couture et la créativité m’habite depuis mon plus jeune âge. On hésite toujours à opter pour une profession en accord avec nos valeurs et nos réelles compétences. En effet, arriver à se rémunérer grâce à une activité créative, ça prend du temps et beaucoup beaucoup beaucoup d’énergie. Et de la persévérance. Mais c’est possible ! J’en suis la preuve 😉

Quelles sont tes actions pour protéger l’environnement au quotidien ?

Dans mon quotidien, j’utilise un vélo pour la plupart de mes trajets. C’est un vélo triporteur (3 roues) avec une caisse en bois devant, qui me permet de promener mes enfants et les emmener à l’école tous les jours sans utiliser ma voiture, qui reste bien sagement au garage. Je fais également mes courses avec, ainsi que tous les trajets inférieurs à 10 km. Au delà, il est moins pratique car très lourd ( 98 kg à vide !) alors une assistance électrique est nécessaire pour m’aider dans les montées et les reliefs qui m’environnent. J’avoue qu’en hiver, je peine parfois sous la pluie, la neige ou la grêle qui me fouette le visage, mais comme je dis souvent: « On ne peut pas être écolo que quand il fait beau !»

Ensuite, pour la partie hygiène, nous utilisons tous des lingettes lavables pour nous débarbouiller le visage, des mouchoirs en tissu pour nous moucher, de l’essuie tout lavable même quand on reçoit des amis à manger, des bee wraps pour envelopper nos aliments, et j’en oublie sûrement … En fait, tout ce que j’ai mis dans mon livre, ce sont des choses que j’utilise dans mon quotidien.

En quoi le DIY t’accompagne dans tes actions Zéro Déchet ?

Il est évident que le fait de savoir coudre est un super «plus», une sorte de super pouvoir pour basculer facilement dans la démarche zéro déchet : quel plaisir d’utiliser des choses que l’on a fabriqué soi-même. Et quelle fierté pour les enfants que l’on fait participer !

Je pense que notre société oublie de former des artisans. Les nouvelles générations expriment de plus en plus une envie de revenir vers des objets artisanaux, des compétences manuelles, un savoir faire «pratique» et moins théorique, virtuel. Je ne suis pas du tout contre les nouvelles technologies, et je les utilise au quotidien: on peut difficilement se passer des réseaux sociaux pour montrer notre travail de couturière et de créatrice… Mais lorsqu’elles supplantent trop les activités créatives, et qu’on bascule vers un mode «consommateur», on produit un effet inverse de celui escompté: les nouvelles technologies nous desservent alors. Elles nuisent à l’environnement car sont polluantes, génèrent un déséquilibre géopolitique ( pays riches qui consomment et pillent les pays pauvres qui deviennent de simples ressources en matières premières et en main d’oeuvre pas chère),  créent une obsolescence programmée pour pousser encore plus à la consommation…

Je pense que le DIY est un bon moyen de garder les pieds sur terre et une consommation raisonnée : qui fabrique un objet de son quotidien comprend très vite la valeur de cet objet. Quand on prend le temps de choisir sa matière première, qu’on paye le prix fort pour les matières nobles, qu’on prend le temps de décortiquer les étapes de fabrication de quelque chose, qu’on fait face aux difficultés inhérentes à la fabrication de tout objet, on reste humble et plus attentif au devenir de cet objet.

Tu as récemment sorti un livre de couture Zéro Déchet, comment t’est venue l’idée ?

Je couds beaucoup mais je ne propose que très peu de produits manufacturés. Mon «truc» c’est plus d’apprendre aux autres à faire soi-même. Je trouve que cela responsabilise et valorise les personnes qui se mettent au DIY. Alors j’ai eu envie de faire un livre à la portée de tous, avec des vidéos et beaucoup de schémas pour que ceux ou celles qui n’ont jamais cousu puissent se dire : « Ah mais en fait, c’est pas si difficile, et je suis peut être capable de le faire ! ». Quel bonheur alors de recevoir des messages de débutants qui sont fiers de leurs créas ! Cela me rend heureuse de partager  ce « super-pouvoir » qui est en fait à la portée de tout le monde 😉

Si tu devais conseiller 3 gestes Zéro Déchet à nos lecteur.ices, lesquels donnerais-tu ?

Le premier, ce serait de coudre plein de sacs en tissu pour exterminer les sacs plastiques ! Ils sont un fléau pour la nature, alors qu’un sac en tissu est super rapide à faire, c’est solide et une fois replié ça ne prend pas de place. Donc aucun inconvénient : que des avantages ! En plus, on peut rajouter des messages dessus ou personnaliser les tissus, je trouve qu’on a plus de style avec un beau sac en tissu ! 

La deuxième : fabriquez vos lingettes lavables pour vous démaquiller, débarbouiller vos enfants, nettoyer tout ce que vous voulez… C’est trop joli et avec les bonnes matières, c’est tout doux pour la peau !! Tout le monde vous en demandera donc soyez prêt(e)s à en faire plein plein pour votre entourage ! 

Le troisième, de vous mettre au vélo ! C’est trop chouette et ça ne pollue pas. Un geste facile, bon pour notre santé physique et pour le moral : vous découvrirez de petits recoins cachés qu’on ne voit pas en voiture.

Si une personne ne sait pas coudre, quels sont tes conseils pour tendre vers le Zéro Déchet ? As-tu de bonnes adresses à conseiller ?

Oui, il y a plein de moyens de progresser sur notre gestion des déchets : fabriquer ses produits d’hygiène ou sanitaires en est un bon ! On retrouve le plaisir de jouer à l’apprenti sorcier avec des produits simples comme du bicarbonate de soude, de l’huile de coco bio et des huiles essentielles… On pèse, on met dans une marmite, on fait chauffer, on verse dans un récipient en verre et on laisse refroidir, plein d’espoir et de fierté ! Parfois ça ne marche pas bien, alors on recommence, on change un ingrédient qui ne nous convient pas, mais au moins on devient « acteur » de ce que l’on consomme, et ça, ça change tout ! 

Acheter moins mais mieux me semble également primordial : le marché de l’occasion est un plein boom ! Il y a également plein de petites boutiques de créateurs qui fleurissent et qui ont à coeur d’acheter des produits manufacturés Made in France et de bonne qualité. Ils seront plus chers, mais plus précieux pour vous, votre santé, votre environnement direct et indirect. 

Pour fabriquer mes produits d’hygiène, j’adore  la boutique Aroma-zone pour acheter mes matières premières. Mais si l’on ne souhaite pas jouer à l’apprenti sorcier, on peut faire confiance à la boutique marseillaise Comme Avant pour les produits comme le savon, le shampooing solide etc. 

Pour les objets zéro déchet, j’ai récemment découvert les magasins « Tendance Ecolo ». 

Pour l’alimentaire, je vais souvent chez Biocoop acheter mes bases. Mais mon grand plaisir, c’est de me renseigner sur les producteurs qui approvisionnent les AMAP de mon secteur, que je vais rencontrer sur leur exploitation. Si vous êtes comme moi et que le principe de l’AMAP ne vous convient pas forcément ( ne pas pouvoir choisir ce qui va être mis dans votre panier ), vous pouvez toujours traiter avec le producteur en direct pour lui acheter ce qui vous intéresse dans la quantité qui vous convient, et ça, c’est top!

Quels sont tes projets Zéro Déchet à venir ?

J’ai créé un collectif « Zéro déchet Ambérieu et alentours » avec un petit groupe de super chouettes personnes et nous comptons bien organiser de nombreuses rencontres pour partager les bonnes pratiques et montrer comme il est facile et indolore de changer nos habitudes… 
Il y a par exemple le World Clean up Day qui arrive à grands pas ces jours-ci : c’est le 21 septembre alors renseignez vous sur ce qui est proposé vers chez vous pour participer en grand nombre ! 

Et tes projets couture plus généralement ?

Je travaille à la distribution de mon livre Zéro déchet à plus grande échelle, mais surtout  je suis en train de m’organiser pour créer un petit atelier de confection textile « zéro déchet » dans ma campagne ! J’aimerais créer de l’emploi en France, plus particulièrement en milieu rural. Pas facile avec l’administration et les normes françaises, mais la motivation est là alors on va y arriver !

Le mot de la fin ? 

Le terme zéro déchet est pour moi extrêmement « barbare » ! Il sonne comme « tolérance zéro » dans l’esprit de bien des gens, c’est trop restrictif, oppressant. Bien évidemment, on ne passe pas du jour au lendemain de notre système de fonctionnement actuel au mode zéro déchet sans transition, c’est impossible… En réalité,  il faut voir cela comme une démarche progressive, s’accorder une période plus ou moins longue où l’on sera inévitablement « en transition ». Si l’on accepte de modifier peu à peu notre routine, les objets qu’on utilise, d’expérimenter de nouvelles pratiques, timidement mais avec conviction, on arrivera lentement mais sûrement vers un monde meilleur !
 
Et dernière chose importante :  c’est en montrant l’exemple qu’on fera changer les mentalités, alors s’il vous plaît, pas de conseils (dé) moralisateurs autour de vous ! Vous verrez que quand votre entourage vous regardera prendre plaisir à utiliser de nouveaux produits, beaux, pratiques et écologiques, ils auront naturellement envie de faire pareil ! Comme je dis souvent : «  On ne peut pas changer le monde en un jour, mais si chacun change déjà SON monde, les micro gouttes de chacun seront des océans, et  le reste suivra 😉 »

Cette entrée a été publiée dans : Couture, Entreprendre, Interview de créateurs

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Originaire de région parisienne, j'ai rejoint Makerist à Berlin en 2016. Je suis responsable du site français de Makerist et partage régulièrement avec vous nos conseils et astuces en couture, tricot et crochet ! Passionnée de voyages, d'écriture et de mode, c'est un plaisir pour moi de travailler dans un univers DIY et créatif !

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