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Challenge Lingerie Positive : Coup de Sang pour briser le tabou des règles et informer

Le 27 janvier 2021, dans le cadre de notre Challenge de couture de lingerie positive, nous avons invité Clara, fondatrice du compte Instagram @coupdesang à se joindre à nous pour un live Instagram sur notre page, afin de parler du tabou des règles et de l’espace de libération de parole qu’elle a créé.

Coup de sang est en effet un compte Instagram qui partage des témoignages autour des règles et offre un cadre bienveillant pour échanger sur les sujets des protections menstruelles, communication autour des règles, situations vécues par des personnes menstruées. La page a été créée il y a deux ans et compte aujourd’hui plus de 122.000 abonné.es. Un succès à la hauteur du besoin que nous ressentons : il existe un manque de communication et d’information sur le sujet et Clara y remédie.

Comment l’idée lui est venue ?

Clara s’est intéressée au sujet des règles dès l’université. Elle a réalisé deux mémoires sur le tabou des règles. Plus ses recherches avançaient, plus elle se rendait compte de l’ampleur du tabou et de la nécessité de parler des règles en France. Pour l’un de ses mémoires, elle a questionné des personnes menstruées et s’est rendue compte qu’au-delà du tabou autour du sujet, il existait aussi une grande ignorance – les deux allant de pair et se nourrissant l’un l’autre. N’osant pas en parler, n’osant pas poser de questions, une majorité reste dans l’ignorance.

A ce moment, Clara souhaite agir. Nous sommes alors au tout début des comptes Instagram partageant des témoignages – il s’en crée notamment autour de la sexualité et du plaisir féminin et Clara réalise que le partage d’expériences peut aider la parole à se libérer et les personnes concernées à s’exprimer. Le déclic : Clara lance alors Coup de Sang, remarquant un manque d’informations au sujet des règles alors que cela concerne un grand nombre d’individus – les personnes non-menstruées étant indirectement concernées également.


Son objectif alors est de créer un espace de libre parole sur les règles notamment pour les personnes n’ayant pas la possibilité d’en parler dans le cercle familial ou amical. Instagram a l’avantage de pouvoir conserver l’anonymat – un élément important pour certain.es. Pour beaucoup, les règles sont un sujet tabou et Clara réalise que le système scolaire ne vient pas pallier ce manque d’informations. Nous assistons à des cours d’éducation sexuelle et parlons des règles mais uniquement d’un point de vue biologique mais aucunement d’un point de vue pratique et pour comprendre ses règles au quotidien (cycles irréguliers, flux variés, choix des protections menstruelles, douleurs…). L’école ne nous enseignant pas ces éléments, restent nos familles et ami.es – pour qui le tabou peut exister – ou encore Internet mais où les informations ne sont pas toujours bienveillantes ou concordantes.

Au-delà de l’objectif initial de Clara de briser le tabou des règles en libérant la parole, intervient le deuxième élément principal de son travail : informer.

Photo de notre partenaire FEMPO

Rapidement à sa création, les premiers témoignages viennent nourrir la page Instagram Coup de Sang et Clara choisit ceux qu’elle met en avant au mieux pour représenter leur diversité et les situations multiples. Santé, écologie, économie… tous les sujets sont abordés.

L’intérêt de partager des témoignages et pas uniquement des informations est que la personne dévoilant son expérience est ainsi la mieux placée pour en parler. Clara n’étant pas concernée par tous les sujets qu’elle traite, elle se sent moins légitime pour les aborder seule (douleurs, endométriose…).

Aujourd’hui elle alterne les partages d’expériences et les informations pratiques autour des règles, collectées notamment lors de ses deux mémoires. Elle réalise des stories explicatives, pédagogiques. Elle ne cherche pas à partager un maximum de témoignages car certains tendent à se recouper, mais à choisir des histoires marquantes qui pourront faire écho à celles vécues par ses lecteur.ices. Contrairement à ses débuts, elle cherche à relier les témoignages à des informations concrètes et développent davantage ses légendes. Elle préfère en partager moins mais détailler davantage le sujet choisi.

Clara ne pensait pas que sa page Coup de Sang prendrait une telle ampleur, elle ne l’avait pas prévu. Aujourd’hui elle affine son projet au fur et à mesure, cherche à rebondir sur l’actualité et se rapproche d’associations et marques pour des projets variés.

Ce qui rend Clara fière ? Voir les retours de certain.es abonné.es de sa page lui disant que grâce à son compte, ils/elles ont réussi à ne plus avoir honte et à parler de règles au quotidien. Certains détails peuvent paraître anodins mais sont très symboliques.

Comment mesurer le tabou autour de ce sujet ? Clara a beaucoup réfléchi à la question, notamment lors de l’écriture de son deuxième mémoire (« La révolution menstruelle vient-elle vraiment changer les choses à l’échelle individuelle ? »). Selon elle, il est trop tôt pour le dire car le sujet est très récent. L’un des résultats obtenus : le tabou dépend de l’âge plus que de la génération. Grandir et vieillir change notre rapport aux menstruations. Elle remarque donc davantage de différences entre une jeune fille de 12 ans et une femme de 50 ans, qu’entre la génération de nos mères et la nôtre. Plus on grandit, plus notre rapport aux règles est décomplexé. Bien sûr, le milieu social influe aussi sur le tabou.

Pour préparer cet article, nous avons échangé avec Clara par téléphone et nous lui avons demandé son avis sur la communication faite par des marques médiatisées sur le sujet des règles et des protections menstruelles, ainsi que par des influenceuses connues comme My Better Self [qui a récemment mis en place une opération de récoltes de protections hygiéniques sur Instagram avec le soutien de Nana.

Pour Clara, le problème peut survenir dès qu’un sujet devient à la mode. Aujourd’hui, les culottes menstruelles sont en plein boom et leur démocratisation est une excellente chose pour la santé des personnes menstruées mais également pour l’environnement. Toutefois, le revers de la médaille est déjà visible. Alors que les culottes menstruelles ont d’abord été commercialisées par de jeunes marques françaises pour proposer une alternative responsable aux protections hygiéniques du commerce, permettre la réappropriation de leur corps aux personnes menstruées et en proposant des culottes dans des matières biologiques pour respecter l’environnement ; ce marché est aujourd’hui utilisé par des marques grand public comme Nana ou Always. Le potentiel économique est là mais ces dernières n’en profitent malheureusement pas pour apporter plus de transparence sur leur production et sur leurs valeurs. Certaines autres marques souhaitent également surfer sur la vague mais sans faire attention aux textiles utilisés et en mentant à leurs client.es. C’est le cas par exemple de la marque La Maison du Bambou qui a récemment été épinglée sur les réseaux sociaux pour son système de dropshipping abusif (achat des culottes en Chine, et revente à un prix plus élevé en France), alors qu’elle prônait la transparence.

Photo de notre partenaire FEMPO

Clara remarque que des culottes menstruelles se vendent aussi en supermarché, ce qui pourrait être vu comme une avancée mais dénature le produit en le proposant moins cher et donc moins respectueux de l’environnement (les tissus utilisés ne sont pas biologiques…). Clara est également inquiète que les jeunes marques engagées ne soient pas récompensées à leur juste valeur car le marché est désormais pris d’assaut par des grands groupes qui ne respecteront peut-être pas la santé et l’environnement autant. Elle prend également l’exemple de la marque Nana qui a commercialisé une cup menstruelle (bon point) mais ne révèle toujours pas la composition de ses serviettes hygiéniques (mauvais point).

Quant à My Better Self, Clara était très positive au début de l’initiative mais après avoir lu la description du projet plus en détail, elle s’est rendue compte que Nana en profitait pour faire sa communication. Le point noir ici est que Nana aurait largement pu offrir des milliers de protections hygiéniques selon Clara, sans en profiter pour s’offrir une campagne de communication de vaste ampleur via l’une des jeunes femmes les plus influentes du moment. Elle salue l’initiative sur plusieurs aspects : cela demande du temps, de l’investissement et rend visible la précarité menstruelle mais ce qu’elle déplore est davantage le greenwashing et le féminisme-washing. La marque n’a pas besoin de cette campagne pour faire de la publicité sur ses produits.

Au final, pour Clara, c’est éreintant de lutter contre le tabou des règles de manière éthique et engagée car ce n’est pas ça qui marche et paie le mieux. Elle souhaite garder sa prise de position.

Sur le plan économique, Clara conseille les culottes menstruelles et serviettes lavables mais précise qu’il ne faut pas que cela devienne une injonction. Celle solution ne convient ni à tout le monde et pas à tous les budgets. Même si cette solution est rentable sur le moyen terme (une culotte menstruelle coûte entre 35€ et 45€ et dure entre 7 et 10 ans comme nous l’apprenions dans l’article de notre partenaire FEMPO – alors que des protections hygiéniques jetable se rachètent tous les mois), certaines personnes menstruées n’ont pas le budget pour cet investissement. Certaines personnes menstruées n’ont pas les moyens du tout d’avoir accès à des protections menstruelles, on parle alors de précarité menstruelle. Clara conseille alors l’association Règles Elementaires qui organise des collectes de produits menstruels et les redistribue aux personnes dans le besoin (personnes sans domicile, dans des prisons, des foyers…). L’association collecte aussi des culottes menstruelles et serviettes lavables pour les personnes qui ont un accès à l’eau pour les laver.

A terme, elle espère que la démocratisation de ces nouveaux produits pourrait faire baisser les prix de vente, tout en gardant la même éthique et la même qualité.

Bien sûr Clara conseille aussi de coudre sa culotte menstruelle lorsque cela est possible ou ses serviettes menstruelles lavables. Sur Makerist, vous trouverez par exemple le patron de la culotte menstruelle Blue Moon de Vanessa Salaün ou le cours pour coudre vos serviettes hygiéniques de Couturaddict.

En tout cas, Clara encourage à rester bienveillant.e. Ces nouveaux produits restent un luxe et ce n’est pas un choix pour tout le monde.


Et ses projets pour la suite ?

Clara aimerait continuer à explorer le sujet des règles au niveau universitaire, notamment sur le sujet de la non prise en compte des douleurs menstruelles dans la sphère médicale pour une thèse, mais le financement n’est pas simple à trouver. A ce sujet, vous pouvez re-voir le live que nous avons réalisé le 28 janvier 2021 avec Virginie du blog Nom d’une Couture, au sujet de l’endométriose dont elle est atteinte.

Autre projet : Clara a également rejoint une association en cours de création et qui a pour objectif de sensibiliser dans les établissements scolaires. C’est là que tout commence et cela fait un moment que Clara y songe. Elle ne peut influer sur la sphère familiale mais sur la sphère scolaire, oui. A terme, elle serait fière de voir se développer des cours de sensibilisation dans tous les collèges et lycées de France.

Cela n’est pas simple de vivre de ses activités aujourd’hui mais Clara est confiante et heureuse d’arriver à travailler dans sa branche, sur un thème qui lui tient particulièrement à cœur et qu’elle a choisi.

En complément de cet article nous vous invitons à revoir le live de Clara de Coup de Sang sur l’IGTV de Makerist, en date du 27 janvier 2021.

Merci Clara pour ton partage et nous te souhaitons une excellente continuation !

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