Interview de créateurs

8 mars : le parcours entrepreneurial de nos créatrices partenaires

Chez Makerist, nous travaillons avec plus de 400 créatrices partenaires. Sur l’ensemble de nos créatrices et créateurs partenaires, elles sont 99% à vous proposer leurs patrons et tutoriels de couture, tricot, crochet ou encore broderie.

Toutes sont entrepreneures, des femmes déterminées et passionnées, qui mettent toute leur énergie dans leur marque.

Aujourd’hui c’est à 6 d’entre elles que nous donnons la parole. Edwige, Gaël, Julie & Paloma, Mathilde et Guillemette ont ces points communs d’être des femmes et entrepreneures créatives. Mais leur vision n’est pas forcément la même, les raisons qui les ont encouragées à entreprendre non plus.

Quel regarde porte-t-elles sur l’entrepreneuriat féminin aujourd’hui en France ? Quel sont leurs challenges au quotidien et ce qui les anime chaque matin ? Elles nous parlent aussi des femmes qui les inspirent – célèbres ou non – car c’est aussi de cela dont nous avons besoin : des modèles, des représentations féminines qui nous guident.

Merci à toutes d’avoir répondu à nos questions !

Les mots de Julie et Paloma

Julie et Paloma sont les créatrices des patrons de lingerie Fitiyoo :

Quels sont les challenges supplémentaires lorsque l’on entreprend en tant que femmes ?

« Peut-être, qu’en tant que femme, on ose un peu moins se lancer, parce que, culturellement, on apprend moins à oser. Et puis, il y le lâcher prise aussi, qui n’est pas évident. Avant d’entreprendre “officiellement” quoi que ce soit, on cherche toujours la perfection. S’assurer qu’on a pensé à tout… Alors qu’en réalité, on peut très simplement corriger des erreurs, et rechercher plutôt une amélioration en continu. On apprend à arrêter d’avoir peur de l’échec, et à s’accorder le droit à l’erreur, nous restons humaines au fond 🙂 »

Quelles sont les idées reçues que vous entendiez sur l’entrepreneuriat avant de vous lancer et qui se sont révélées fausses dans votre cas ?

« Avant de se lancer dans l’aventure Fitiyoo, quand on entendait parler de l’entrepreneuriat, c’était des exemples de réussites fulgurantes avec levées de fonds, ou à l’inverse, des projets qui ne se sont pas concrétisés avec parfois de l’endettement. On entendait moins parler de tous les entrepreneur/es qui arrivent à vivre simplement de leur activité et de leur passion.

Alors on est parties d’une feuille blanche, sans trop d’idées reçues, on a compris que les aspects juridiques, comptables et financiers sont propres à chaque projet. Avec l’aide de Pôle Emploi, on a eu accès à une formation Création et Gestion d’entreprise pour détailler notre projet, connaître nos besoins de démarrage, de développement, et de construire notre entreprise en fonction de tous ces (précieux) conseils. »

Quels sont pour vous les points positifs dans votre vie d’entrepreneures ?

« L’entrepreneuriat est une aventure hyper stimulante. On a toujours mille et une idées en cours, on apprend constamment de nouvelles choses. Il n’y a pas de routine. Et puis, on rencontre énormément de belles personnes avec des personnalités et des parcours riches et variés. Humainement, c’est très enrichissant. »

Pouvez-vous nous citer une femme célèbre qui vous inspire et quelle est sa qualité principale selon vous ?

« Pénélope Bagieu. Ce n’est peut-être pas une femme célèbre dans le sens de la question, mais on apprécie énormément son travail justement pour faire honneur à des femmes fortes, des femmes puissantes, qui ont été jusqu’au bout de leurs rêves et convictions. On adore son livre “Culottées” qui est extrêmement inspirant et nous redonne un sacré coup de boost pour les jours « sans » 😉 »

Les mots de Guillemette

Guillemette est la créatrice des patrons de lingerie Atelier de Guillemette :

Quels sont les challenges supplémentaires lorsque l’on entreprend en tant que femme ?

« Lorsque j’ai créée ma société il y a quelques années, j’étais célibataire et jeune. J’ai rencontré de nombreuses personnes, majoritairement féminines, qui m’ont fait comprendre que seule, sans mari, je ne pourrais jamais arriver à mes fins. Je n’ai jamais compris comment on pouvait penser cela et le revendiquer. Néanmoins, je me suis rendu compte qu’il était difficile d’être crédible aux yeux de certains lorsque l’on est une femme et que l’on entreprend. »

 Quelles sont les idées reçues que tu entendais sur l’entrepreneuriat avant de te lancer et qui se sont révélées fausses dans ton cas ?

« L’ idée reçue que j’ai pu entendre de nombreuses fois est que c’est compliqué et fastidieux. Aujourd’hui cela ne me semble plus vrai car il existe des organismes qui nous aident à comprendre ce domaine. »

Quels sont pour toi les points positifs dans ta vie d’entrepreneure ?

« Le point positif de l’entrepreneuriat est la liberté sous toutes ses formes : à la fois pour les horaires de travail, le contenu de sa journée ou la prise de décision. Entreprendre c’est être libre de travailler quand et où on le souhaite. »

Peux-tu nous citer une femme célèbre qui t’inspire et quelle est sa qualité principale selon toi ?

« Elle n’est pas tellement connue et c’est dommage mais j’adore Hedy Lamarr, l’actrice des années 30 qui a inventé le wi-fi. Elle ne s’est pas contentée de sa beauté et de son travail d’actrice en inventant toutes sortes de choses, elle est tenace et persévérante. Elle incarne la femme indépendante qui rebondit quand une situation ne lui convient pas. »

Les mots de Gaël

Gaël est la créatrice des patrons de couture Gaël Couture Bordeaux :

Quels sont les challenges supplémentaires lorsque l’on entreprend en tant que femme ?

« Je n’ai pas trop rencontré de challenges supplémentaires à être femme entrepreneuse à par peut-être la crédibilité. J’ai pu remarquer que certains partenariats sont plus pris au sérieux quand c’est un homme qui fait les démarche qu’une femme. Il faut juste apprendre à savoir s’imposer et montrer que nous aussi on est cheffe d’entreprise et que la personne d’en face doit parler d’égal.e à égal.e. »

Quelles sont les idées reçues que tu entendais sur l’entrepreneuriat avant de te lancer et qui se sont révélées fausses dans ton cas ?

« On me disait que l’on ne pouvait pas vivre de l’entrepreneuriat, qu’il fallait avoir de la chance et que c’était mieux d’avoir un CDI ou un poste de fonctionnaire pour être sûre d’avoir un revenu régulier. J’ai entendu aussi que pour se lancer dans l’entrepreneuriat, il faut avoir beaucoup de sous de côté. »

Quels sont pour toi les points positifs dans ta vie d’entrepreneure ?

« Se lever le matin en se disant que je vais travailler pour moi en faisant ce que j’aime. Avoir le choix de refuser un projet si ça ne correspond pas à son envie. Mais aussi organiser son emploi du temps comme on veut. »

Peux-tu nous citer une femme célèbre qui t’inspire et quelle est sa qualité principale selon toi ?

« Coco Chanel par son indépendance et à être une femme d’affaire au milieu d’hommes qui allait à contre courant de la mode. C’est elle qui a permis aux femmes de se libérer du corset et de porter des vêtements plus confortables tout en gardant leur féminité en utilisant le jersey. C’est aussi pour cela que c’est un tissu que j’adore travailler. »

Les mots de Edwige

Edwige est la créatrice des patrons Miss Cactus :

Quels sont les challenges supplémentaires lorsque l’on entreprend en tant que femme ?

« Dans mon cas, c’est surtout l’aspect mumpreneur qui ajoutent des challenges :

  • Il faut arriver à jongler entre tous les impératifs du quotidien et mes projets d’entreprise. Cela implique par exemple de renoncer à avoir une longue plage horaire pour travailler sur un sujet, de faire un travail de logistique permanent pour optimiser l’imbrication de mon travail d’auto-entrepreneur et mes tâches de maman au foyer. 
  • Je dois faire face à un réel manque de reconnaissance de mon activité, parce que je suis une femme travaillant à la maison. Qui se cumule avec un manque de reconnaissance de ce que représente la charge d’une maman au foyer. C’est un point difficile, car cela fait douter du mérite de mon travail. »

Quelles sont les idées reçues que tu entendais sur l’entrepreneuriat avant de te lancer et qui se sont révélées fausses dans ton cas ?

« L’entrepreneuriat c’est un seul mot, on le présente unique. Mais il a en réalité mille visages. Rien n’est défini à l’avance, chaque situation est particulière. 

  • Il peut par exemple se faire à petite échelle, sans beaucoup investir. Il faut aussi savoir travailler avec les ressources que l’on a déjà à sa disposition.
  • L’essence même de l’entrepreneuriat est de s’adapter en permanence, on est loin d’un chemin tracé.
  • L’idée d’être son propre patron est perçu très positivement, empreint de grande liberté. Mais on oublie aussi que cela implique d’être seul.e à prendre les décisions, sans guide, de les assumer, de parfois se tromper, de devoir tout faire sans compter ses heures, et même refaire si ça ne fonctionne pas…
  • Ça ne s’est pas fait pour moi du jour au lendemain, mais s’est plutôt construit petit à petit. Un jour effectivement, c’est devenu officiel, mais ce n’était pas « ça y est, aujourd’hui je me lance ». J’avais déjà monté et créer des patrons, il y a eu un long cheminement au préalable, qui fait que l’activité en elle-même n’est pas vraiment nouvelle, mais qui a aussi permis de tester sa viabilité au préalable.« 

Quels sont pour toi les points positifs dans ta vie d’entrepreneure ?

« Ma vie d’entrepreneure me permet de :

  • Concilier mon projet professionnel avec ma vie de famille et mon autre « activité » de maman au foyer.
  • Pouvoir créer librement, des choses qui me semblent utiles, dans le respect des valeurs qui me tiennent à cœur.
  • Toucher à plein de domaines différents (au-delà de la couture, ils sont aussi variés que la photographie, l’informatique, la communication, le lancement de projets nouveaux…). 
  • Apprendre et me sentir progresser et avancer constamment. C’est épanouissant, dynamique et constructif. 
  • Apprendre aussi la patience : accepter de ne pas pouvoir tout faire (les idées fusent, mais la réalisation et concrétisation est un travail de longue durée : trop d’idées et pas assez de temps ni de bras !). Accepter que ça prendra peut-être du temps, mais que je pourrais voir mes projets aboutis. Voire accepter parfois de devoir renoncer à certains projets.
  • D’avoir la fierté de pourvoir dire que c’est entièrement mon travail, de l’idée même à la conception, de la publication du patron à sa communication. J’ai tout fait toute seule. »

Peux-tu nous citer une femme célèbre qui t’inspire et quelle est sa qualité principale selon toi ?

« Ce n’est pas une femme célèbre qui m’inspire. Au contraire, c’est une amie qui a créé son entreprise Cookies et compagnie. Elle réalise artisanalement ses cookies et autres gourmandises, à partir de produits de qualité et avec beaucoup d’attention, et les commercialise sur des marchés locaux et par Internet. Elle y met tout son cœur, préoccupée d’y mettre un haut niveau de qualité, de faire plaisir, et cela avec beaucoup d’humilité. Elle ne compte pas ses heures, et, même si ses biscuits sont déjà d’une qualité et d’une gourmandise incroyables, elle cherche toujours à s’améliorer. Bienveillance, amour du travail bien fait, persévérance, humilité, je l’admire pour toutes ces qualités. 
Je suis moins inspirée par la grandeur, que par le désir de bien faire et de faire plaisir – vraiment plaisir, sans faux-semblants et sans esbroufe, quand les produits parlent d’eux-mêmes – ne serait-ce qu’à une échelle locale. 
Car comme dit Jean-Jacques Goldman dans sa chanson, un professionnel « sans rien d’particulier », qui « y mettait du temps, du talent et du cœur », « loin des beaux discours, des grandes théories » : « IL CHANGEAIT LA VIE ». »‘

Les mots de Mathilde

Mathilde est la créatrice des patrons Atelier Maelström :

Quels sont les challenges supplémentaires lorsque l’on entreprend en tant que femme ?

« L’époque actuelle fait que les différences homme/femme ont tendance à s’estomper de plus en plus. Néanmoins il est vrai que des disparités existent encore notamment au niveau des salaires et des responsabilités qui seront moins confiées à une femme en comparaison à celles d’un homme. Je trouve que le statut d’auto-entrepreneur permet aux femmes de pallier cette dévalorisation de leur travail. En effet, en étant notre propre patron, nous gagnons directement le fruit de notre travail. De plus, nous avons beaucoup de responsabilités car être entrepreneur c’est être une personne multi-casquette. Cela permet de tester des choses, prendre des risques, développer des compétences… et acquérir de nouvelles expériences qui pourraient m’être utiles si je souhaite redevenir employée. »

Quelles sont les idées reçues que tu entendais sur l’entrepreneuriat avant de te lancer et qui se sont révélées fausses dans ton cas ?

«  »Devenir auto-entrepreneure se fait en 5min » est une idée reçue. Stricto sensu oui, la déclaration administrative simplifiée fait que vous pouvez prendre le statut d’auto-entrepreneure en quelques minutes auprès de l’état.

Mais il faut être très patiente pour se construire un réseau et que son travail devienne rentable.  Cela prend plusieurs mois, voire années, pour être à l’équilibre, car en plus d’avoir de nombreux produits à proposer, il faut trouver les bons canaux de distribution et disposer d’un petit pécule chaque mois pour investir dans la communication pour accroitre sa visibilité. Un véritable travail de fourmi d’autant plus qu’en étant seule car il faut être au four et au moulin (comprenez par là être à la création, mais aussi à la communication, au SAV, et à la comptabilité) ! Mais il faut garder en tête que »tout vient à point à qui sait attendre ». »

Quels sont pour toi les points positifs dans ta vie d’entrepreneure ?

« Il y a énormément de points positifs dans la vie d’entrepreneure. Mais le maitre mot selon moi est « la liberté ».

– Il y a tout d’abord la liberté de gestion du temps. Nous entrepreneur.es, nous pouvons organiser notre journée comme nous le voulons en fonction des besoins familiaux ou aléas du quotidien. Pour ma part, j’aime beaucoup travailler depuis chez moi car je peux élever ma fille et la voir grandir sans faire de concession. Je travaille pendant ses siestes ou lorsqu’elle joue seule et je fais une pause quand elle a besoin de plus d’attention. De plus, je n’ai pas de contrainte avec la durée de temps de travail quotidien. Je peux enchainer les grosses semaines en travaillant 10-11h par jour (les 2 semaines qui précèdent la sortie d’un nouveau patron en général), et travailler de manière plus légère les 2 semaines suivantes 5-6h par jour.

– Il y a ensuite la liberté géographique. Le fait d’être entrepreneure me permet de travailler de n’importe quel endroit avec une grande flexibilité (domicile, en voyage dans la famille,…). Un autre point important, si je devais être amenée à déménager vers une autre région, je pourrais continuer mon activité, contrairement à d’autres qui se verraient dans l’obligation de démissionner et chercher un nouvel employeur. »

Peux-tu nous citer une femme célèbre qui t’inspire et quelle est sa qualité principale selon toi ?

« La liste des femmes célèbres et admirables est longue. On les retrouve dans différents domaines comme les sciences, la littérature, le cinéma, la musique et bien entendu la mode. Mais pourquoi prendre un modèle ? Je pense que nous sommes toutes différentes, avec nos personnalités, nos atouts, nos défauts et nos façons de faire. Je ne souhaite pas m’identifier à une autre, mais au contraire me construire et tracer ma propre voie sans espérer marcher dans les traces d’une autre. »

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