Interview de créateurs

8 mars – l’interview entrepreneuriale de Gaël Couture Bordeaux

A l’occasion de la Journée des Droits des Femmes du 8 mars, nous avons souhaité en savoir davantage sur le parcours détaillé de Gaël (connue sous le nom de Gaël Couture Bordeaux), l’une de nos créatrices de patrons partenaires sur Makerist.

Pour rentrer dans le détail de son expérience en tant que femme entrepreneure en 2021, rien de mieux que de s’appeler et parler de vive voix sur ses expériences, son vécu, ses succès et ses doutes aussi.

J’ai eu l’occasion de rencontrer Gaël lors des événements organisés par Makerist à Paris en 2019 et j’ai tout de suite accroché avec sa personnalité. Je vois Gaël comme une femme spontanée, souriante, dynamique, engagée et très créative ! Une femme que je vois aujourd’hui comme une amie tant j’échange avec elle.

Gaël, si tu lis ses lignes, tu peux être très fière de ton parcours ! Et j’ai été ravie que tu le partages avec moi.

Gaël devant sa machine à coudre

Voici donc le résumé de notre appel du 23 février.

De la couture à l’animation culturelle en passant par le dessin

Gaël, initialement, ne s’est pas orientée vers le milieu de la couture ni même celui du dessin (son autre grande passion dans la vie) ; Gaël souhaitait évoluer dans le milieu littéraire, en grande fan de lecture. A la fin du collège, Gaël ne s’épanouit plus dans le cursus scolaire et souhaite être davantage dans l’action. En parallèle des cours elle démarre avec une amie la couture les mercredis après-midis et teste plusieurs techniques sur des vêtements vintage. Gaël a toujours été créative et a aussi toujours aimé dessiner.

En troisième donc, elle hésite à s’orienter vers le milieu de la couture (sa nouvelle passion) ou celui du dessin. Elle choisit la couture en se disant que les débouchés seront plus conséquents et elle suit son amie, qui s’oriente également vers des études de couture.

Gaël étudie donc et obtient son BEP et son bac professionnel en couture floue (des études complètes : du dessin à la conception, en passant par le patronage, le moulage…). Elle associe ses deux passions en dessinant des silhouettes, réalisant des tests couture et des cahiers de constructions. Elle s’épanouit dans ce domaine créatif et technique.

Après son bac profesionnel, elle souhaite poursuivre ses études mais n’a pas les moyens financiers pour payer une école supérieure. Elle se renseigne sur les écoles publiques à Paris mais pour payer son loyer il lui faut avoir un emploi étudiant à côté et la quantité de travail dans l’école ne le lui permet pas. Elle s’oriente finalement vers une fac d’arts plastiques (MANAA). A ce moment, elle pense passer son CAPES et devenir professeure d’arts plastiques : elle a toujours aimé transmettre.

Finalement, suite à un changement du programme du CAPES qui ne lui correspond plus, Gaël s’oriente vers l’animation pour enfants : transmettre sa passion des loisirs créatifs, pourquoi pas ? Elle y travaille 8 ans (centres de loisirs, centres socio-culturels…).

Suite à un déménagement et une volonté d’avoir moins de trajet pour se rendre sur son lieu de travail, Gaël ralentit la cadence en tant qu’animatrice et repense à son rêve de couture. Elle pense à animer des cours de couture. Coup du hasard ou du destin : un magasin de tissus ouvre juste à côté de chez elle. Nous sommes en août 2017.

Le début des cours de couture pour Gaël

Elle démarre les cours à mi-temps et continue de travailler dans le secteur de l’animation, elle souhaite alors passer un diplôme pour être coordinatrice dans le secteur de l’animation, mais suite un accident de travail et une entorse aux cervicales, la voilà arrêtée pour 7 mois ! Elle ne pourra pas passer son diplôme.

Son arrêt la pousse à réfléchir à ce dont elle rêve vraiment. La couture continue de lui trotter dans la tête de manière de plus en plus insistante. A ce moment là elle s’imagine continuer les cours de couture et proposer une collection de vêtements en parallèle. Sa soeur lui conseille de s’inspirer sur Instagram et c’est le déclic : Gaël découvre tout un univers dont elle ne pourra bientôt plus se passer ! 

Le lancement de son compte Instagram : la révélation

Fin 2017, Gaël couvre son compte Instagram mais jusqu’à fin 2018 elle est principalement observatrice et ne cherche pas à publier du contenu régulier ni esthétique.

Elle hésite mais demande une disponibilité pour se lancer à son compte à son employeur (la mairie de sa ville dans laquelle elle continue de proposer des activités culturelles). Elle obtient une disponibilité de 3 mois et réfléchit à son projet professionnel, tout en continuant de donner des cours de couture en parallèle dans le magasin de tissus voisin.

Les cours fonctionnent à merveille et elle a beaucoup de demandes : elle peut rapidement se verser un salaire ! 

Elle prend plaisir à transmettre et réfléchit à lancer ses patrons de couture en parallèle. En effet, elle a besoin de patrons pour ses cours : pourquoi ne pas les créer elle-même ? Certaines personnes lui demandent ses patrons directement sans vouloir assister pour autant à ses cours – elle voit là un réel intérêt pour la couture autour d’elle. C’est là que naît son envie de proposer du contenu PDF : pour un partage facile et rapide et s’épanouir dans la création.

Le lancement des patrons de couture et le début de l’aventure avec Makerist

Les patrons de Gaël Couture Bordeaux : Elvira et Bella


De fil en aiguilles, elle fonde Gaël Couture Bordeaux et rejoint Makerist début 2019.

Sur Instagram, Gaël commence à publier davantage de contenu et notamment sa première publication d’illustration en BD en octobre 2018. Elle a alors comme fil conducteur de raconter une histoire et très rapidement, cette première planche atteint les 300 “j’aime” et de nombreux nouveaux commentaires et nouveaux/nouvelles abonné.es. Elle pense alors le refaire chaque semaine en racontant “Les tribulations d’une couturière” (le nom de son premier recueil, publié depuis). Pour la deuxième publication, le succès est une fois de plus au rendez-vous avec presque 1.000 “j’aime”. De 500 abonné.es au moment de sa première publication, elle passe à 800 en à peine un mois. C’est tout début 2019, lorsqu’elle se lance dans les patrons de couture, que Créapassions la contacte pour un premier ouvrage au sujet de ses illustrations. Gaël n’en revient pas ! Les choses s’accélèrent.

Après son hésitation entre le dessin et la couture à la fin de la troisième, elle peut enfin réunir ses deux passions.

Fin 2019, un peu avant la publication de son ouvrage, Gaël nous rencontre nous : l’équipe Makerist, à l’occasion d’une rencontre créatrices à Paris ! Les partenariats continuent et son compte Instagram grandit toujours autant.

C’est au tour de Mondial Tissus de la contacter pour une commande de planches de BD pour l’animation de leurs réseaux.

Début 2020, après une année 2019 plus que riche en rencontres et projets, ses patrons PDF commencent à se vendre de mieux en mieux (surtout sur Makerist). A ce moment-là, Gaël accepte encore tous les partenariats qu’on lui propose, quitte à crouler sous le travail (animations pour les Galeries Lafayette…).

Puis vient mars 2020 et l’arrêt des ateliers et cours de couture. Elle en profite pour développer davantage ses patrons PDF et réalise une formation avec la Chambre des Métiers. Un conseil de Gaël : il existe de nombreuses aides et accompagnements pour les auto-entrepreneur.es, profitez-en ! Jusqu’à ce moment-là, Gaël avait le savoir-faire technique mais ne s’était pas formée sur la partie commerciale, le marketing et les réseaux sociaux et cette formation l’a beaucoup aidée.

Un conseil de Gaël : il existe de nombreuses aides et accompagnements pour les auto-entrepreneur.es, profitez-en !

L’heure du bilan : conseils et situation actuelle pour Gaël

Aujourd’hui, en faisant le bilan de son parcours, elle se rend compte que tout a été assez vite : elle a atteint le revenu minimum qu’elle s’était fixée et peut aujourd’hui mettre un peu d’argent de côté pour trouver éventuellement une personne pour l’assister dans ses missions quotidiennes.

Pour son entourage, ça n’a pas été simple : quitter son statut de fonctionnaire pour donner des cours de couture, cela ne semblait pas réaliste. “D’un point de vue financier, comment tu vas faire ?”. Gaël s’est dit qu’elle n’avait pas le choix et qu’il fallait que son projet fonctionne.

Elle s’est tout de suite investie dans la communication, les rencontres, les partenariats. Au début, c’est un investissement de temps mais nécessaire.

Un autre conseil de Gaël : ne pas avoir peur de la nouveauté et du changement, accepter de sortir de sa zone de confort.


Finalement les projets de Gaël ont rapidement marché et elle a pu rassurer ses proches sur la viabilité de son auto-entreprise.

Et son regard sur l’entrepreneuriat féminin ?

Lors de l’une de ses expériences, alors que Gaël était déjà cheffe d’entreprise, certains hommes – chefs d’entreprises également –  ne la prenaient pas au sérieux et la voyaient comme une employée classique et non d’égal.e à égale.e. Aujourd’hui Gaël, grâce à l’expérience et la solidité de son projet,  arrive davantage à s’imposer mais cela n’a pas été simple au début. Gaël confirme : les débuts sont particulièrement difficiles car il faut avoir l’assurance d’un.e chef.fe d’entreprise dès le départ.

Sa notoriété sur les réseaux sociaux lui a permis d’être davantage prise au sérieux, ainsi que les nombreux cours de couture réservés à ses côtés.

Au sujet de la notoriété justement, Gaël considère que ses illustrations l’ont beaucoup aidée et lui ont permis de se démarquer rapidement. Elle a rapidement été identifiée sur les réseaux grâce à ses dessins.

Un conseil : trouver un axe différenciant et insistez dessus, c’est votre marque de fabrique.

Gaël n’a pas confiance en elle et ne recevait que peu de compliments avant de se lancer. Elle se considère timide et doit prendre sur elle à chaque cours, chaque présentation, pour garder son sang froid. Être au centre de l’attention n’est pas ce qu’elle préfère et pourtant, elle y arrive ! La motivation et la passion sont essentielles. C’est intimidant de parler devant une large audience (en live Instagram, en cours, pour animer un atelier…) mais il faut se lancer.

Aujourd’hui, Gaël prévoit de continuer la couture et les illustrations en parallèle, elle est à l’écoute de ses envies et ses idées. Des nouveaux partenariats (encore tenus secrets) se dessinent.

Plusieurs personnes lui disent aujourd’hui qu’elle a “de la chance”. Mais Gaël insiste à raison : elle s’est donné les moyens d’y arriver. Elle a su saisir les opportunités qui s’offraient à elles, dire oui aux projets, elle a cherché à se construire un réseau et rencontrer des partenaires : sa démarche a été active et réfléchie ! 

Aujourd’hui on ne peut souhaite à Gaël que du succès : celui de continuer de faire grandir son entreprise, de vivre de sa passion et de continuer d’associer couture et dessin car il y a de belles synergies à créer.

Gaël nous inspire par sa ténacité, son courage et sa motivation même dans les moments plus sombres. On admire aussi sa manière de penser : dire oui aux projets, dire oui aux rencontres, dire oui. Garder les yeux ouverts et le coeur prêt à se remplir de nouvelles idées.

Bravo Gaël ! 

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